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Au Palais royal.

6 Rue de Montpensier, Paris, France

Entre 1775 et 1829, une partie du jardin du Palais-Royal est recouverte d'un hangar vitré (photo) dans lequel sont installées nombre de boutiques. L'hiver, le lieu est très fréquenté par toutes sortes de gens peu recommandables, escrocs, voleurs, prostituées... C'est un haut lieu de la délinquance. Car au XVIIème siècle, le duc d'Orléans avait interdit à la police de pénétrer dans ses jardins. L'endroit n'est pas triste comme aujourd'hui, il est fort animé par des cafés, des tripots ...et des prostituées. Le remue ménage dure tous les soirs jusqu'à minuit. Au XVIIIème, dans Paris qui compte 10.000 à 30.000 prostituées, les plus jolies sont au Palais-Royal, les autres dans les petites rues sombres (v. aussi 8ème arr, Champs Elysées). On accuse Charles X, puis Louis-Philippe, de lui avoir donné cet aspect austère, mais le Palais-Royal est encore, au début du XIXème,  le lieu de tous les vices.

Autour du jardin, un changeur, M. Joseph, est victime d'une tentative d'assassinat dans sa boutique, le 15 décembre 1825 vers 7 heures du matin. Deux individus venus pour changer une pièce d'or l'ont poignardé avant de lui voler 15.000 francs. Le jardin étant très fréquenté, la foule se pressera, les jours suivants, sur les lieux du crime. C'est le moment que choisira un filou, Pascal Rendu, pour voler une montre le 19 décembre, mais il sera pris.

Au matin du 8 août 1826, douze commissaires de police et trente-six agents font irruption dans les boutiques du Palais-Royal. Ils fouillent les librairies, dont ils soulèvent au besoin les planchers, pour y dénicher les livres interdits par le pouvoir. La "Biographie des préfets", les "biographies des pairs de France", la "biographie des dames de la Cour", "La femme jésuite", et un livre intitulé "Justine", feront partie du butin. Vingt-cinq procès-verbaux sont dressés. Entre 9 heures à 14 heures, la police a regardé tous les livres des boutiques... Ledoux, libraire, sera condamné à un mois d'emprisonnement le 22 août, ainsi qu'à des amendes. D'autres, comme Bonnellier et Taillard, n'auront que des amendes. Dentu sera également condamné parce que l'on a trouvé chez lui un livre "licencieux", pourtant intitulé "Biographie des députés de la chambre septennale" .

Quelques années plus tard, Terry, libraire au Palais-Royal, doit comparaître devant la cour d'assises le 7 janvier 1840 pour "outrage à la morale publique", car il avait mis en vente "Le bons sens du curé Meslier", ou "La Religieuse", de Diderot. Il vend aussi quatre volumes "obscènes", selon la perquisition du commissaire Marrigues, comme "Le Théâtre gaillard", "Hic et hoc", "La fille de joie" et "Thérèse philosophe". Mais Terry est acquitté. Le pouvoir, mécontent, le poursuivra de nouveau pour les mêmes faits, lui reprochant de ne pas avoir mentionné le nom de l'imprimeur sur ces livres… Cette fois, il comparaitra en correctionnelle et sera condamné à 2.000 francs d'amende, une somme très importante.

Un nommé Bouquet, fondeur, a été arrêté le 15 décembre 1826 vers 17 heures, dans le jardin du Palais-Royal, car il profèrait des cris séditieux. Les "cris séditieux" font l'objet de poursuites particulièrement assidues sous Charles X comme, plus tard, sous Louis-Philippe. Tout est prétexte à condamnation, ou au moins à poursuites, pour "cris séditieux". Avec quelques décennies de retard, ces poursuites politiques, ces condamnations pour des délits intellectuels, pour des opinions non conformes à la pensée officielle, en vertu de lois de circonstances, apparaîtront particulièrement ridicules.

Le 30 juillet 1830, au troisième jour des émeutes qui mettront fin au pouvoir de Charles X, des avocats, des hommes de lettres et des journalistes sauvent, à force de négociation, la vie d'un officier de la Garde royale tombé aux mains des assaillants dans les jardins du Palais-Royal (v. aussi 2ème arr, pl de la Bourse et  1er arr, palais de justice)

Le 3 août 1831, deux hommes sont arrêtés dans le jardin. Dutour et Devaux font partie d'un petit groupe qu'on a entendu crier "A bas les ministres, Vive la Pologne !" -"Ce propos a révélé en vous des hommes très dangereux", dit Étienne Duplès, le président de la cour d'assises au début de l'audience du 20 septembre 1831. Ils seront cependant acquittés. Mais Me Rittiez, avocat de la défense, est suspendu jusqu'au 1er novembre 1831 pour avoir interrompu l'interrogatoire du président... Me Rittiez faisait observer que le prévenu devait être interrogé, non sur son propos, mais sur sa participation à un rassemblement. Le même jour, des émeutes auront lieu dans le jardin du Palais-Royal...

Un Prussien, Weuzel Gottlob, venu jouer en 1834 au 36 Palais-Royal, est accusé d'avoir volé son maître auquel il était censé donner des leçons d'allemand. Il aurait volé 7.500 francs à M. Brown, qu'il a d'ailleurs perdus. Les leçons d'allemand lui sont payées un franc et il reçoit en plus 500 francs par an. La cour d'assises le condamnera à 3 ans d'emprisonnement le 19 octobre 1834.

(dessin X)