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Aux Tuileries.

Avenue du Général Lemonnier Paris Paris

Le 29 janvier 1821, un baril de deux kilos de poudre, placé dans le Palais des Tuileries près des appartements de la duchesse d'Angoulême, dissimulé dans un panier à linge, provoque d'importants dégâts aux appartements royaux. On arrête, on interroge et on emprisonne deux petits ramoneurs savoyards de dix ans qui sont venus la veille mais qui répètent sans cesse qu'ils n'ont rien vu et ne savent rien. Le vrai coupable sera enfin arrêté mais se coupera la gorge avec un rasoir devant la porte du juge, quelques jours plus tard.

Le soir du 20 janvier 1833, un valet de la Maison du roi, au Palais des Tuileries, nommé Gosselin, vole des couverts en argent à l'occasion d'un bal. Trois jours plus tard, un citoyen à l'esprit civique repère le voleur alors qu'il cherche "un Juif auquel il pourrait vendre son argenterie". Ce citoyen le fait arrêter et le 2 août 1833, le tribunal correctionnel le condamnera à 3 ans d'emprisonnement.

25 février 1836: François et André Milliot sont arrêtés en flagrant délit de vol dans la cour des Tuileries, alors qu'ils tentent de voler la bourse d'un garde municipal. Durant cette année 1836, un colis arrive au Palais des Tuileries "pour le roi seul, pour être ouvert par lui. Secret d'Etat". Le préfet de police se charge néanmoins de l'ouvrir et y trouve quatre serpents à sonnettes engourdis par le froid, qui seront donnés au Jardin des Plantes.

Le 11 juin 1841, une émeute attire l'attention des gardes du palais, vers 14h30. Un individu a escaladé les grilles pour s'accroupir et laisser un étron. Les gardes tentent de l'arrêter mais il se rhabille, se débat, avant d'être finalement saisi et poursuivi pour "outrage à la pudeur et coups et blessures à agents".

En octobre 1841, de mystérieux vols sont régulièrement constatés au Palais des Tuileries. Le 2 juillet, un fumiste découvre dans un cabinet où l'on chauffe les bains, un rideau qui manque depuis trois jours à une alcôve. Sur l'ordre de Viollet-Le Duc, conservateur des résidences royales, le concierge du palais fait alors placer un homme de peine en surveillance. On arrête aussitôt un domestique nommé Boudet. Ce dernier explique qu'il est facile de voler dans les suites vides, de cacher les rideaux dans ses seaux, de les enrouler autour de sa taille pour sortir du Palais… Il désigne trois receleurs, les brocanteurs Georges et Simon Chameil, et un autre nommé Mallet. La Cour d'assises condamnera tout le monde à 5 ans d'emprisonnement le 11 octobre 1841.

Le sergent Herbuel, de garde aux Tuileries le 19 août 1848, est surpris par le lieutenant Brodhag en train de boire un verre dans un hôtel voisin du guichet du Louvre et du Carrousel. Le lieutenant lui inflige deux jours de consigne. Herbuel le supplie de renoncer à la punition, mais l'officier maintient la sanction. Le sergent, furieux, saisit alors son arme et tire une balle dans la tête de son supérieur. Il sera condamné à mort le 29 août et fusillé par ses camarades du 24ème régiment de ligne le 2 novembre 1848 au polygone de Vincennes, à 10h. C'est la première exécution d'un militaire à Paris depuis 1828.

Le vendredi 16 septembre 1859, un enfant de deux mois est enlevé au jardin des Tuileries vers 2 heures de l'après-midi, par une jeune femme d'environ 25 ans qui s'est présentée à la nounou avec une mine très convenable et a expliqué qu'elle était la tante de l'enfant puisqu'elle était la sœur de sa mère, Mme Hua. Elle est donc la belle-sœur de M. Hua, suppléant au tribunal de la Seine. Elle a déclaré que sa sœur venait de lui demander d'aller prendre des dentelles achetées la veille dans un magasin de lingerie, 12 rue de Rivoli. Et elle a demandé à la nourrice d'y aller à sa place pendant qu'elle gardera son "petit neveu". La nounou n'a pas osé refuser et la "tante" s'est assise sur un banc, pour attendre son retour. Mais la nourrice ne trouvant aucune commande dans le magasin, ne retrouve à son retour ni l'enfant ni la tante... On arrête la nourrice. On retrouve deux autres nounous qui déclarent que la femme est partie avec l'enfant vers le quai des Tuileries. L'affaire s'envenime lorsque quelques jours plus tard, Mme Hua reçoit une lettre anonyme qui lui réclame une rançon de 5000 francs. Mais l'enfant est rapidement retrouvé à Orléans, car la jeune "tante" l'a confié à une nourrice pour ne plus revenir. Cette "tante" sera rapidement identifiée. Léonie Chéreau, 17 ans, a été repérée à Orléans car elle a cherché une nourrice durant plusieurs jours. Elle est tombée amoureuse en septembre 1858 de Georges Prieur, de passage à Orléans lors du mariage de la véritable sœur de Léonie. Il a logé chez elle et elle est allée à Paris pour le revoir. Dans l'espoir de le contraindre à un mariage qu'il ne paraissait pas disposé à accepter tout de suite, elle a décidé de simuler une grossesse. Le jeune homme l'a cependant envoyée promener par une lettre très sèche. La dernière chance de Léonie est donc de trouver un enfant de deux mois. Mais voici que Prieur ne l'a pas crue lorsqu'elle a annoncé son accouchement. Alors, elle a abordé la nourrice Hélène Gibault et exploité les renseignements que celle-ci lui a donnés en parlant sans méfiance. Après l'enlèvement, Léonie a changé les vêtements du bébé et pris le train d'Orléans à la Gare d'Orsay. Dès le lendemain, elle l'a confié à la nourrice si difficilement trouvée. Mais le bruit de l'enlèvement a anéanti son stratagème. La jeune fille avoue devant les juges mais sera acquittée par la cour d'assises le 12 novembre 1859. En 1921, Léonie Duclos mettra sur pied le même scénario pour garder son mari, mais sans plus de succès (v. rue de Rivoli).

Le Palais des Tuileries est envahi par les Prussiens le 1er mars 1871. Avec le défilé sur les Champs-Elysées, cette invasion du palais marque la fin de plusieurs mois de siège de Paris commencé après la défaite de Sedan du 2 septembre 1870 qui a mis fin au règne de Napoléon III. C'est le début de l'insurrection de la Commune de Paris. Le Palais des Tuileries sera incendié par les communards le 23 mai 1871, comme nombre de bâtiments publics, sur l'ordre d'un "comité de Salut public", lorsque les "Versaillais", les troupes du gouvernement réfugié à Versailles, reprendront la capitale rue par rue. Les ruines du palais seront démolies en 1882. Victor-Antoine Benot, 39 ans, garçon boucher 149 rue de Flandre (v. 19ème arr), déjà condamné pour sa participation au massacre de la rue Haxo, sera condamné à mort le 12 novembre 1872 pour l'incendie de la bibliothèque du Louvre et des Tuileries. On avait déchargé des voitures de pétrole dans le sous-sol du pavillon de l'Horloge et il a allumé le feu au bout d'une traînée de poudre. Il sera fusillé à Satory le 22 janvier 1873.

Le 23 mai 1871, les Fédérés mettent le feu au Palais des Tuileries pour couvrir leur retraite. Les ruines du palais seront rasées onze ans plus tard, en 1882, pour faire place au Jardin des Tuileries. Pendant l'incendie, un pharmacien de la rue de Richelieu nommé Roch est fusillé dans la cour des Tuileries par les Communards. Mais Boudin, responsable de cet assassinat, sera à son tour fusillé à Satory le 25 mai 1872.

Anecdote: C'est aux Tuileries que pour la première fois au monde, le 18 août 1871, un avion a volé. Il a été mis au point par l'inventeur oublié de l'aviation, Alphonse Pénaud.

(dessin X)